L'Organisation de la Nouvelle-France

Les ingénieurs du roi et la construction militaire et civile

Le génie et la construction navale militaire

Carénage, milieu du XVIIIe siècle

Légende: Carénage, milieu du XVIIIe siècle

Un patrimoine maritime militaire remarquable s'est développé en Nouvelle-France. La construction navale s'y pratique dès le milieu du XVIIe siècle, alors qu'on construit de petits navires à Québec. Les ports de Louisbourg et de Québec sont équipés pour réparer les vaisseaux de guerre et, à partir de 1717, l'Amirauté y donne des cours aux officiers afin qu'ils soient en mesure de régler les questions légales relatives au droit maritime.

Le Canada étant doté de nombreuses essences de bois qui deviennent rares en Europe, ainsi qu'en minerai de fer, divers projets furent soumis visant à ériger un chantier naval royal à Québec. L'idée fut acceptée en 1738, et le chantier fut aménagé l'année suivante pour la construction de navires de guerre. Le ministère de la Marine passa d'abord la commande d'une flûte, navire servant au transport des militaires et de l'armement, d'après des plans dressés par des ingénieurs-constructeurs à Rochefort. L'un d'eux, René-Nicolas Levasseur, fut envoyé à Québec pour superviser les travaux et prendre charge du chantier naval. Une dizaine de navires de guerre furent ainsi construits : le Canada, flûte jaugeant 500 tonneaux, pouvant porter 40 canons, 120 hommes d'équipage, mise en chantier le 22 septembre 1739 et lancée le 4 juin 1742 ; le Caribou, flûte jaugeant 700 tonneaux, pouvant porter jusqu'à 45 canons, 150 hommes d'équipage, mise en chantier en 1742 et lancée le 13 mai 1744 ; le Castor, frégate de 26 canons, 200 hommes d'équipage, mise en chantier en juillet 1744 et lancée le 16 mai 1745 ; le Carcajou, corvette de 12 canons jaugeant de 70 à 80 tonneaux, construite en 1744-45, première corvette de guerre construite au Canada et ancêtre, en quelque sorte, des très nombreuses corvettes de la Marine royale canadienne qui servirent si valeureusement durant les deux grandes guerres de notre siècle; la Martre, frégate de 22 canons, mise en chantier en mai 1745 et lancée le 6 juin 1746 ; le Saint-Laurent, vaisseau de 60 canons jaugeant 1 100 tonneaux, mis en chantier en septembre 1746 et lancé le 13 juin 1748 ; l'Orignal, vaisseau de 60 canons jaugeant 1 100 tonneaux, mis en chantier en octobre 1748 et qui coula lors de son lancement, le 2 septembre 1750; l'Algonquin, vaisseau de 72 canons, mis en chantier en octobre 1750 et lancé en juin 1753 ; l'Abénaquise, frégate de 30 canons jaugeant 946 tonneaux, mise en chantier durant l'été 1753 et lancée au printemps de 1756.

Une autre frégate de 30 canons, la Québec, fut mise en chantier en 1756, mais ne fut pas complétée. Diverses complications financières et techniques, mais surtout le manque d'ouvriers spécialisés que l'on ne put obtenir de France en nombre suffisant, eurent raison du chantier naval de Québec durant la guerre de Sept Ans. Les tentatives qu'on fit aux Forges du Saint-Maurice pour fondre les canons destinés aux navires construits à Québec se soldèrent par un échec, car les maîtres-fondeurs n'avaient pas les connaissances requises dans ce domaine. N'importe. Les canons furent expédiés de France et des vaisseaux de ligne, véritables « marchands de boulets » avec leur artillerie bien fournie, sortirent néanmoins du chantier royal, à l'époque de son apogée.

La construction de navires de guerre en Nouvelle-France fut une expérience exceptionnelle dans les colonies françaises autant que britanniques, car elle se faisait alors presque toujours en Europe. Le chantier naval militaire de Québec fut une entreprise remarquable pour son époque.

Images additionnelles

Frégate en construction, vers le milieu du XVIIIe siècle
Vue intérieure des entrepôts de la marine, vers le milieu du XVIIIe siècle