Menaces intérieures et extérieures

Bilan de la campagne

Une victoire terne

Personnel et patients, de l'hôpital de campagne à Moose Jaw, en 1885

Légende: Personnel et patients, de l'hôpital de campagne à Moose Jaw, en 1885

Les Métis et leurs alliés autochtones étaient mal préparés et, par conséquent, incapables de rivaliser véritablement avec la force militaire rapidement déployée contre eux. Malgré quelques batailles bien menées et quelques victoires isolées, leurs chances de vaincre étaient presque nulles dès le départ.

Si le gouvernement célèbre ce triomphe militaire, il n'ignore pourtant pas que son indécision a nourri la tragédie qui vient de prendre fin. Dès l'instant où il réagissait au soulèvement des Métis, le Canada mobilisait 8 000 hommes dont 2 648 étaient affectés à la logistique. L'Ontario en fournissait 1 929, le Québec, 1 012, et la Nouvelle-Écosse, 383. Venus de l'Ouest, 2 010 miliciens et 500 gendarmes et membres de gardes civiles locales se joignaient à eux. Le 27 mars, les Batteries A et B et le 65e Bataillon des carabiniers de Montréal, première unité de milice mobilisée dans ce conflit, étaient appelés au combat. Le lendemain, la liste des unités participantes s'allonge, couvrant bientôt toutes les régions du pays 23.

Quant au ministre, sir Adolphe Caron, il se dépensa sans compter pour qu'un système de logistique et de transport reposant presque exclusivement sur l'entreprise privée soit mis sur pied. Le fait que la milice ait été mal préparée aurait inspiré cette solution où patronage et politique ont pu faire le meilleur des ménages. Le gouvernement paya une note salée, soit 4,5 millions de dollars, une somme remarquablement élevée en cette fin du XIXe siècle.

Presque rien n'avait été planifié en fonction d'une telle campagne. En quatre jours, on improvise les services de santé et d'approvisionnement militaires. On ne s'inquiète pas devant un armement de base disparate. On part en guerre avec des carabines et des fusils Snider, Winchester et Martini-Henry. On emporte, à l'avenant, trois types de munitions dont la distribution, à des unités parfois très éloignées les unes des autres, est problématique. Il arrive que ces munitions soient inutilisables ou manquantes. Ainsi, Strange atteint la Butte-aux-Français avec seulement 22 obus de canons. Le leadership est des plus faibles, mais Middleton attribuera sa lenteur et ses atermoiements à l'inexpérience de ses subordonnés auxquels il a refusé sa confiance, ce que ces derniers lui ont bien rendu. D'après le général, c'est lui qui a empêché que l'engagement de Batoche se solde par un échec. Mais on ne peut oublier qu'il ne sait ni utiliser ses forces montées, ni faire manœuvrer ses troupes, et que son attitude timorée est à l'origine du manque de mordant de ceux qui obéissent à ses ordres.