Armement et expérience du temps de guerre

Les armes

L'artillerie

Au cours du XIXe siècle, le canon subit une évolution comparable à celle du fusil. Au début du siècle, la pièce d'artillerie de campagne classique demeure le canon en bronze à âme lisse, chargé par la gueule, tirant des boulets ou obus ronds à une distance qui, selon son calibre, oscille entre 450 et 750 m. À cette époque, le calibre s'exprime par rapport au poids du projectile, et les canons les plus répandus sont ceux de 42, 32, 24, 19, 9, 6, 4 et 3 livres. Par ailleurs, la précision du tir laisse fort à désirer, car à chaque coup, le canon recule d'un à deux mètres et parfois davantage, suivant les conditions du sol, ce qui oblige les artilleurs à le remettre en place et à le repointer. Cette même opération de repointage affecte négativement la rapidité du tir tout comme la nécessité, après chaque coup, de nettoyer le tube des résidus de poudre et de fusée d'amorçage, au moyen d'un écouvillon.

Au cours des années 1850, tout comme pour le fusil, c'est la mise au point du canon à âme rayée, chargeable par la culasse, qui marque le début d'une série d'innovations technologiques. Le canon en bronze disparaît au profit du canon enfer ; le boulet cède le pas à l'obus cylindre ogival ; de nouveaux produits chimiques permettent de provoquer, après percussion, l'inflammation de la charge explosive ; la création de la munition encartouchée - réunissant en une seule pièce l'obus, le propulseur, la cartouche et l'amorce - augmente la rapidité du tir ; l'invention de la cordite assure une portée grandement améliorée, et l'apparition du frein hydraulique, puis hydropneumatique, réduit sensiblement l'effet de recul. Parallèlement, on assiste à des progrès importants au chapitre des munitions : augmentation considérable du poids des obus qui multiplie leur effet dévastateur, et introduction de nouveaux types de projectiles tels l'obus à segments, l'obus commun ou explosif, l'obus à mitraille et l'obus perforant.

D autre part, jusqu'à la fin du XIXe siècle, les canons de campagne tirent « à vue ». Ils doivent donc être disposés sur un terrain dégagé, habituellement devant l'infanterie. Mais l'augmentation de la puissance des fusils rend les pièces de campagne et les artilleurs de plus en plus vulnérables. Lors de la guerre des Boers, l'on constate que le tir à vue est devenu pratiquement suicidaire, ce qui entraîne la mise au point du tir indirect ou masqué. Pour atteindre une cible masquée, l'artilleur pointe le canon en fonction des instructions fournies par un observateur situé loin de la pièce et qui a une vue claire de l'objectif.