Armement et expérience du temps de guerre

L'expérience

Oscar Pelletier : officier de la milice

Oscar Pelletier est un exemple représentatif de l'officier de la Milice active non permanente. Son père, Charles Pelletier, un sénateur libéral qui a été ministre de l’Agriculture dans le gouvernement d’Alexander Mackenzie (1873-1879), est opposé à la carrière militaire de son fils. Oscar s'enrôle néanmoins dans le Queen's Own Canadian Hussard de Québec, avant de passer au 9e Bataillon de carabiniers, qui allait devenir le Régiment des voltigeurs de Québec. En juin 1884, après environ trois ans de service, Pelletier s'inscrit à l'école d'infanterie de Saint-Jean d'Iberville pour y obtenir les certificats confirmant son grade d'officier. Il est entouré d officiers d'origine canadienne ou britannique généralement bilingues, et c'est d'Odet d'Orsonnens qui commande l'école.

Lorsque l'agitation s'installe dans le Nord-Ouest, Pelletier est lieutenant en stage d'apprentissage d'artillerie au RMC de Kingston, ville où la Batterie B, une unité permanente, est alors stationnée. Désireux de partir vers le champ de bataille, il veut être transféré au sein de cette unité. Pour cela, il s'adresse à son oncle, le député libéral de l'Islet, P.-B. Casgrain, qui, parmi ses relations, compte le ministre conservateur de la Milice et de la Défense, Adolphe Caron. Le commandant de la Batterie B n'a d'autre choix que d'accueillir Oscar qu'il attache à l'une des deux demi-batteries d'artillerie de campagne. Lorsque les troupes se forment en trois colonnes, Pelletier et son groupe d'artilleurs sont intégrés à celle d'Otter. Lors du combat de Couteau cassé, Pelletier est blessé par une balle qui traverse sa cuisse gauche de part en part, mais sans briser l'os. Dans le service d'ambulance de la Batterie B, Pelletier fait la connaissance de Gaston Labat, un Français venu au Canada après la guerre franco prussienne et dont nous aurons l'occasion de reparler.

Au moment du rapatriement des unités, Pelletier est à Winnipeg, dans le convoi sanitaire. En voie de guérison, il peut marcher. Dans ses déplacements, il rencontre des membres du 9e Régiment, son unité d'origine. L'idée lui vient soudain qu'il serait bon de rentrer à Québec en héros, entouré d'amis, plutôt qu'à Kingston avec une unité qu'il connaît peu. La permission accordée à Pelletier pour sa visite au 9e est de deux heures seulement, un petit problème qui est encore rapidement résolu. On en parle au commandant du 9e, le lieutenant-colonel Guillaume Amyot qui, comme huit des colonels engagés dans les combats, est député. Représentant de la circonscription québécoise de Bellechasse, ami personnel du ministre, Amyot adresse aussitôt un télégramme à Caron qui, selon Pelletier, répond sans tarder « L'autorisation de nous détacher du convoi qui nous a transportés jusqu'ici est communiquée au major Short 26. »

On peut légitimement se demander quelle peut être l'autorité d'un commandant sur son unité, quand un ministre capricieux décide de lui imposer ou de lui retirer des hommes. Le pauvre Middleton avait sous son commandement neuf députés-colonels et un député-soldat qui avaient l'habitude de communiquer directement avec Caron.