Armement et expérience du temps de guerre

Une marine canadienne très britannique

Le 22 janvier 1932, à 20 h 16, le commandant en chef de l Escadre britannique de l’Amérique et des Indes occidentales, au sein de laquelle nos rares destroyers ont pris l'habitude de s'entraîner, adresse un télégramme à l'amiral canadien Walter Hose, chef d'état-major de la Marine. En résumé, un soulèvement populaire au San Salvador mettrait la vie de résidents britanniques en danger et le premier navire de guerre anglais ne pourrait arriver sur les lieux avant le 27. Cependant, suggestion est faite que les navires canadiens Skeena et Vancouver, qui croisent alors non loin de là, y soient aussitôt envoyés. Ce télégramme est aussi expédié au capitaine (M) V. G. Brodeur, officier supérieur canadien en mer.

Sur réception du message, Brodeur met le cap sur Acajutla, au San Salvador, endroit où quelques Britanniques se sentent menacés. Il transmet sa décision à Hose une quinzaine de minutes après son changement de cap, comptant être à Acajutla à l'aube du 23. Hose accorde sa permission d'agir vers 1 h 30, le 23.

Rendue sur place, la force navale limitera son action à une présence gênante sur le quai d’Acajutla et à accueillir les femmes de cinq dignitaires britanniques qui craignent pour leur sécurité. Brodeur rencontre pour sa part le nouveau président. Au total, c'est un séjour sans incident qui offre à la Marine une magnifique couverture médiatique, à un moment où l'attribution de ses crédits pour l'année 1932-1933 est en discussion. La Marine peut être utile, même à des étrangers.

On se souvient que la Marine canadienne mise sur pied en 1910 avait pour but de remplacer la Marine royale de moins en moins présente dans les eaux nord-américaines. Depuis, l'état-major naval s'était mis en frais de donner une image la plus canadienne possible à la force qui se considérait toutefois comme une partie intégrante de l Escadre de l’Amérique et des Indes occidentales.

La canadianisation prend un coup avec l'affaire du San Salvador. En effet, Brodeur a pris l'initiative sans attendre d'ordres. Il appert également que Hose et le ministre Sutherland de la Défense nationale ont acquiescé à la demande des Britanniques avant d'avoir obtenu le consentement du gouvernement. Le premier ministre R. B. Bennett n’a eu qu'à s'incliner devant le fait accompli 79.