Entre 1867 et 1898, la milice intervient à 67 reprises pour soutenir le pouvoir civil et deux fois dans des pénitenciers. Convoqués par les autorités civiles locales, les soldats répondent avec plus au moins de bonne grâce, chacun devant alors délaisser ses occupations et renoncer à son salaire pour une période indéterminée. Par surcroît, jusqu'en 1879, alors que le gouvernement canadien verse aux villes l'argent requis pour le paiement rapide et complet des coûts, les soldats-citoyens savent que certaines villes qui demandent leur aide ne seront pas en mesure de les rétribuer. Aussi longtemps que les policiers n'auront pas été formés en corps solidement structurés, les miliciens seront appelés pour rétablir l'ordre : ils n'apprécient guère ce rôle.
Le rapport annuel de la milice de 1878 énumère les difficultés liées à ces interventions ponctuelles. « Des désordres se présentent souvent chaque année. La milice n'a pas les connaissances nécessaires, la police est trop faible, les miliciens sont obligés de combattre les gens du même coin du pays ; il faut une force militaire permanente. »
À elle seule, la formule du vote électoral à main levée provoque, entre 1867 et 1883, 13 émeutes réelles ou appréhendées, dont 11 au Québec seulement. Des modifications à la Loi électorale vont mettre un terme aux interventions de la Milice dans ce champ d'activité. Les querelles linguistiques, religieuses et scolaires, ainsi que les défilés annuels des Orangistes constituent autant de prétextes à un appel des troupes. Les événements les plus difficiles à gérer sont les grèves. Levée sur place, la force de contrôle est souvent formée d'hommes qui vivent à proximité du lieu des manifestations ou qui sont apparentés à ceux qu'ils doivent combattre. Généralement, les miliciens sont appelés après un premier assaut violent perpétré contre la personne ou contre la propriété. Dans plus de 90 pour cent des cas, leur seule présence réussit à empêcher les débordements. L'absence de véritables corps policiers est à la base de la plupart de ces interventions
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